A compter du 1er janvier 2026, pour signaler les dangers sur les routes, les automobilistes espagnols auront l’obligation de détenir une balise lumineuse, véritable objet connecté (IoT = Internet of Things). Géolocalisable, il remplacera les deux triangles de présignalisation jusqu’alors imposés dans ce pays (un pour chaque sens de circulation et installé à 50 mètres).
Qu’en est-il exactement ? Rescue 18 vous en dit plus, après avoir déchiffré des sources d’information dans la langue de Cervantes.
Sécuriser la zone d’un sinistre, première préoccupation des services de secours
Bien avant la définition de doctrines opérationnelles précises et d’une notion globale de zonage, les services de secours ont intégré l’impérieuse nécessité de protéger toutes zones d’intervention. Cela concerne fondamentalement le secours routier sur la voie publique. Il faut dire que des suraccidents graves, parfois mortels, ont marqué les esprits. Les retours d’expériences et les évolutions technologiques ont permis de nets progrès pour assurer la sécurité des victimes et celle de ceux leur portant secours.
C’est ainsi que les sapeurs-pompiers ont fait progresser les dotations et l’opérationnalité de leurs Véhicules de Secours Routier, quitte même à spécialiser des engins aux seules fins de balisage. Cette approche en matière de signalétique reprend notamment celle consacrée par le Code de la route : un triangle synonyme de danger potentiel ou avéré.
Les sapeurs-pompiers, par un travail usuel d’anticipation, ont d’ailleurs imaginé des scenarii de balisage en fonction de situations pré-établies, même si l’adaptation à la réalité du terrain reste prépondérante.
Le citoyen acteur de la sécurité
Symbole de résilience, la notion du citoyen sauveteur, acteur à part entière de la sécurité civile, a été réaffirmée dans le Code de la Sécurité Intérieure (article L721-1). Il peut même ainsi bénéficier de la qualité de collaborateur occasionnel du service public. On retrouve les actions possibles pour tout citoyen dès les prémices du secourisme enseigné au grand public avec l’acronyme mnémotechnique et chronologique : faire le premier » PAS » pour Protéger, Alerter, Secourir. La protection est donc désignée comme un préalable essentiel.
La mise en pratique obligatoire de cette protection sur la route n’interviendra qu’en septembre 2008. Le Code de la route ainsi modifié rend la présence obligatoire à bord des véhicules d’un triangle de présignalisation homologué et d’un gilet haute visibilité marqué CE : Article R416-19. Les précisions complémentaires recommandent de placer le triangle à 30 mètres de son véhicule immobilisé (et d’allumer ses feux de détresse) et rappellent que cette obligation ne vaut plus si l’usager estime que cette manœuvre pourrait mettre sa vie en danger. L’observatoire national interministériel de la sécurité routière décrit les piétons comme des usagers particulièrement vulnérables. De 2018 à 2024, selon cet observatoire, la mortalité moyenne annuelle a été de 430 piétons, quasiment tous heurtés par un véhicule motorisé.
La prise en compte de la sécurité des automobilistes verra également une avancée notable avec le système eCall, système d’appel d’urgence automatisé décrit dans un article Rescue18 de juin 2024. Il permet une géolocalisation et une communication vocale grâce à un équipement intrinsèque du véhicule.
L’innovation espagnole au service de la sécurité routière
En vertu d’un projet mené par la Direction Générale du Trafic ( DGT ) du ministère de l’Intérieur, l’Espagne devient le premier pays à rendre obligatoire un dispositif lumineux et connecté, en lieu et place des triangles de présignalisation. Ce nouveau système entend diminuer les risques pris par des automobilistes devenus piétons en les incitant à demeurer dans leurs véhicules immobilisés. Il nous semble à ce sujet que les circonstances peuvent amener à quitter son véhicule s’il représente lui-même un danger important de collision, en trouvant refuge par exemple sur un bas côté sécurisant.
L’aspect réglementaire
Le fondement réglementaire de cette disposition se base sur une approche internationale élaborée sous l’égide de l’ONU. Il s’agit en l’occurrence de la convention de Vienne du 8 novembre 1968 relative à la circulation routière. Ce texte initie, pour les pays signataires, une uniformité des marques, symboles et signalisations routières. Dans le cas de figure nous intéressant, ces pays peuvent exiger que les véhicules soient équipés d’un dispositif de signalisation, qui peut être un triangle de pré-signalisation équilatéral, ou tout autre dispositif d’efficacité égale, selon la législation du pays où le véhicule est immatriculé. L’Espagne a donc utilisé cette dernière faculté laissée à l’appréciation de chaque pays, pour améliorer sa politique globale de sécurité routière, tout en exploitant les bénéfices de progrès technologiques récents.
Avant sa dotation obligatoire au 1er janvier 2026, cette balise lumineuse de présignalisation, baptisée » V 16″, est d’ores et déjà utilisable depuis juillet 2021, en vertu d’un arrêté royal du 16 mars 2021. Le dispositif doit faire l’objet d’une homologation et doit pouvoir s’adapter sur les véhicules de façon magnétique ou bien au moyen d’une ventouse. Il s’agit bien d’un signal lumineux clignotant de couleur ambre / orange, et non pas d’un gyrophare (Fréquence de clignotement : entre 0,8 et 2 Hz). Sa source d’énergie est indépendante (pile ou batterie rechargeable). Son indice de protection est au minimum IP 54. Le signal lumineux doit être visible à 360 degrés et à une distance de 1 000 mètres à découvert. Pour cela, et au vu de la forme de certains pavillons de véhicules, une réhausse est disponible. Le coût moyen d’acquisition est de l’ordre de 50 €. L’histoire ne dit pas ce que deviendront les milliers de triangles devenus désuets et s’ils pourront être recyclés.
Nota : actuellement, cinq modèles sont homologués.
Mais comme nous l’avons évoqué, il ne s’agit pas d’une simple balise lumineuse mais bel et bien d’un objet connecté (IoT). En effet, il est doté d’une carte SIM dédiée qui transmet les informations à une plateforme nationale de la Direction générale du Trafic, via les opérateurs téléphoniques, sans surcoût de communications. Les informations recueillies sont partagées avec les autres usagers à proximité du sinistre ou de l’incident signalé. Cela est possible par exemple via le système de navigation du véhicule, les panneaux d’affichage ou bien grâce à une application universelle et gratuite pour smartphone (dénommée » sos alert « ). Cette application, uniquement utilisable en Espagne, donne accès à de nombreuses fonctionnalités (voir https://sosalert.es/fr/).
Ainsi, cette innovation est remarquable dans la mesure où elle :
- renforce la sécurité routière ;
- permet des informations partagées entre usagers ;
- démocratise la connectivité des véhicules et leur géolocalisation quels que soient leur modèle ou leur âge ;
- est universelle, en permettant aussi aux personnes à mobilité réduite d’agir sans se déplacer d’un véhicule.
Et pour les véhicules étrangers circulant en Espagne ?
Jusqu’à présent ces véhicules devaient respecter la réglementation locale en étant dotés des deux triangles et d’autant de gilets haute visibilité que d’occupants. La DGT a récemment confirmé assouplir ce principe avec l’avènement des balises lumineuses. Les véhicules étrangers circulant en Espagne peuvent continuer à utiliser les triangles d’urgence et ne sont pas tenus d’utiliser une balise V16 connectée. Il nous semble, cependant, qu’il serait dommage de se priver d’un tel élément de sécurité.
Quel avenir pour ces balises lumineuses ?
Des évolutions principales sont envisageables. Tout d’abord, il s’agira de concrétiser une connectivité par itinérance pour les véhicules espagnols voyageant hors de leur pays. En effet, réciprocité avérée, ces derniers ne semblent pas tenus de disposer dans ce cas de triangles mais uniquement de leurs balises. Ceci devrait s’accompagner d’une version multilingue de l’application « sos alert », sans omettre bien sûr le recours au numéro d’urgence unique européen 112.
Enfin, il n’est pas impossible que des pays, notamment européens emboitent le pas de l’Espagne pour adopter et adapter cette véritable révolution. C’est dans cet esprit que la DGT a présenté son système à Bruxelles en 2022. La délégation espagnole a notamment déclaré : « Il s’agit d’une bonne pratique qui facilitera à la fois la gestion des accidents de la route et leur prévention. C’est pourquoi nous considérons que sa mise en œuvre devrait être étendue au reste des États membres de l’Union européenne. »
Le retour d’expérience de nos voisins ibériques nous indiquera si cette idée était … lumineuse !
Rescue 18 remercie la société TURISPORT SL, conceptrice de la balise lumineuse connectée FLASH LED V16, et plus particulièrement Ricard Soriano, son directeur du marketing. La documentation, les références réglementaires et les illustrations ont été précieuses pour préparer cet article: ¡ Muchas gracias !